Gaëtan Gorce : "Mi soviétique, mi vaticane, Martine Aubry a réinventé une monarchie élective pour sa succession à la tête du PS"

Publié le 30 Août 2012

Gaëtan Gorce : "Mi soviétique, mi vaticane, Martine Aubry a réinventé une monarchie élective pour sa succession à la tête du PS"

Julien Dray a critiqué ce mercredi sur LCI le mode de désignation du premier secrétaire du parti socialiste. Il a dénoncé une situation "un peu ubuesque" et une "forme de désignation plus ou moins obscure", qui contraste radicalement avec le fonctionnement transparent des primaires. L'élection est-elle jouée d'avance ?

Gaëtan Gorce : Le problème c'est justement qu'il ne s'agit plus d'une élection. A l'initiative de Lionel Jospin, le Premier secrétaire était élu par les militants au suffrage universel avec des candidatures libres. Désormais il n'y a plus d'élection, mais une confrontation entre motions. Le leader de la motion arrivée en tête devient automatiquement Premier secrétaire.

Mais, il y a pire... La motion constituée par Jean-Marc Ayrault réunit la quasi totalité des ministres et des parlementaires et obtiendra forcément une majorité écrasante. Celui qui sera désigné tête de liste de la motion majoritaire sera automatiquement Premier secrétaire. Il sera désigné par le bon plaisir de quelques personnes, pour ne pas dire celui de Martine Aubry seule. On tombe dans un système de cooptation très étroit en contradiction totale avec la logique de rénovation entamée avec les primaires.

Julien Dray a donc raison de parler de système "ubuesque". Il faut revenir à une élection de Premier secrétaire directement par les militants au suffrage universel, peut-être d'ailleurs en l'élargissant aux sympathisants, pour que ce soit un acte démocratique au même titre que les primaires l'ont été. C'est une régression démocratique que de laisser à une seule personne un tel pouvoir. Cela a existé à l'époque de François Mitterrand qui avait nommé Lionel Jospin, mais on a changé d'époque !

Aujourd'hui

Martine Aubry verrouille-t-elle le parti ?

Elle a un pouvoir exorbitant ! Et comme le disait Montesquieu : "Quiconque a du pouvoir est tenté d'en abuser, il faut donc que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir." Là où il y a du pouvoir, il faut des contre-pouvoirs.

Il est normal que Martine Aubry participe aux choix des candidats, mais elle ne peut pas décider seule qui sera le prochain Premier secrétaire. C'est un choix politique qui engage l'ensemble du parti. Si on veut que la légitimité du prochain secrétaire soit forte, il faut qu'il soit élu et non pas désigné par le Premier secrétaire sortant.

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